Comment garder des habitants jeunes, locaux et investis dans leur commune quand on se situe à quelques dizaines de kilomètres du Luxembourg ? Comment « résister » à des travailleurs frontaliers dont les revenus leur donnent un net avantage sur le marché immobilier ? La petite ville belge de Léglise, en province de Luxembourg, a tranché la question lors de son dernier conseil communal, fin août.
Dix pour cent des lots réservés
D’après TVLux, la commune imposera désormais aux promoteurs, pour les nouveaux lotissements, de réserver environ 10 % des lots commercialisés à des acquéreurs répondant à un profil précis. Parmi les critères retenus : être âgé de moins de 35 ans, être domicilié sur la commune depuis au moins deux ans, ou y avoir été domicilié pendant dix ans.
La logique est claire. Il ne s’agit pas de bloquer l’arrivée de nouveaux habitants, mais de soustraire une part du foncier neuf à la concurrence directe entre un jeune ménage local et un couple de frontaliers payés en euros luxembourgeois. Sur un marché aussi petit que celui d’une commune rurale, une dizaine de lots suffit à faire la différence entre une population qui se renouvelle et une population qui se remplace.
Le symptôme d’un marché sous pression
Léglise n’invente pas son problème. De par sa localisation, la commune attire beaucoup de frontaliers qui vont travailler au Grand-Duché, avec l’effet mécanique que l’on connaît tout au long de la frontière, de la Lorraine à la province de Luxembourg : les prix montent plus vite que les salaires locaux, et les enfants du village finissent par s’installer ailleurs.
La crainte explicitement formulée par la commune est celle de la ville-dortoir : des lotissements pleins mais vides en journée, une vie associative qui s’étiole, des écoles et des commerces qui perdent leur base locale. En réservant une fraction du neuf à des acheteurs ancrés sur place, Léglise tente de préserver ce tissu.
La mesure, présentée comme inédite, sera suivie de près au-delà des frontières communales. Des dizaines de localités belges, lorraines et allemandes situées dans l’orbite du Grand-Duché affrontent la même tension entre l’attractivité économique qu’offre le Luxembourg et le maintien d’une population locale. Si le dispositif tient juridiquement et produit des résultats, il y a peu de doute que d’autres conseils communaux examineront la copie.
Sources : Le Républicain Lorrain
